Nous revoilà durant notre traditionnel séjour estival à Pine Point, dans le Maine. Je n’ai pas fait la même erreur que l’an dernier, j’ai loué une plus grande maison avec laveuse, sécheuse et lave-vaisselle. Une bonne chose, puisqu’il pleut abondamment cette année et qu’on y passe beaucoup de temps. Ces retrouvailles avec mes filles me donnent envie de faire le point sur leur évolution.
Anabelle. Ah, Anabelle! Mon aînée, toujours aussi intelligente, sensible et étonnamment mature pour son âge. J’ai constamment le sentiment qu’elle en comprend beaucoup plus qu’elle ne le devrait, je dois souvent me rappeler qu’elle n’a que 8 ans. Nous avons une belle complicité, qui s’exprime surtout dans nos moments en tête-à-tête. Il y a quelques mois, elle a commencé à se relever après la mise au lit, disant ne pas parvenir à dormir. Je l’ai gardé quelques temps auprès de moi. En quelques jours l’habitude était prise. Nous n’en avons jamais discuté officiellement, sachant l’une comme l’autre qu’elle se couche trop tard et que c’est un passe-droit de première face à ses sœurs. Mais ces quelques minutes volées à son sommeil nous sont devenues nécessaires pour maintenir le lien à la fois si fort et si fragile qui nous unie. Même lorsqu’elle n’était âgée que de quelques mois, Anabelle a toujours été ma paix, mon port. Lorsque j’angoisse, sa seule présence me calme. C’est toujours le cas aujourd’hui. Mais la séparation fut et demeure une rude épreuve pour elle, et comme monoparentale il m’a fallu du temps, un an à toute fin pratique, avant de pouvoir redonner du temps one-on-one à mes filles. Pendant un an j’ai réussi à combler leurs besoins collectifs certes, mais pas leurs besoins individuels, et Anabelle et Florence en ont particulièrement souffert. En mars, j’ai vu un psychologue pour enfants, qui m’a recommandé de prendre un soir par deux semaines pour passer une soirée en tête-à-tête avec chaque fille, en rotation. L’idée du siècle. Cette initiative a connu un immense succès auprès de mes filles, et bien qu’Angéline aime nos soirées, c’est auprès de Florence et surtout Anabelle que les bénéfices ont été les plus grands.
À force de ne jamais avoir de rapports privés avec Anabelle, je l’avais peu à peu perdu de vue. Elle me faisait (et fait toujours d’ailleurs) de plus en plus « d’attitudes » d’adolescente (elle n’a que 8 ans!) et elle exprimait beaucoup sa colère envers moi. Avec nos soirées et nos mardis, je la retrouve peu à peu et je ne la laisserai plus repartir, elle est d’un naturel si réservé, il faut absolument que je maintienne notre intimité.
Ma Florence maintenant, douce Florence. J’associe toujours spontanément les mots « douce » et « Florence » et pourtant c’est un ouragan ma Flo. Impulsive, colérique, elle m’en fait voir de toutes les couleurs. Pas une journée ne se passe sans qu’elle me fasse sortir de mes gonds, et je m’en veux au point de remettre mes habiletés parentales en question. Mais je sais que derrière ce caractère de feu se cache une enfant angoissée, avec peu d’estime de soi, une enfant hyper-sensible au rejet que pourtant elle provoque par sa difficulté à avoir des rapports sociaux harmonieux.
Elle admire tant Anabelle, elle aspire tellement à lui ressembler, à toute faire comme elle. Peut-être à cause de leur faible différence d’âge (seulement 22 mois), ou parce qu’elles se font toujours passer pour des jumelles étant donné leur taille quasi identique. Florence se juge sévèrement, elle voudrait déjà savoir lire comme Anabelle, savoir déjà parler anglais. Anabelle la traite souvent avec mépris, elles se chamaillent (voire se battent) constamment, et je revois la relation que ma sœur Catherine et moi avons eu jusqu’à ses 18 ans…. Ça me chagrine tellement, je comprends Anabelle pour avoir été dans sa position, mais je sais maintenant quels dommages cela fait à Florence…
Je ne peux m’empêcher de penser que si j’avais les filles temps plein, je parviendrais à régulariser ses comportements, car Florence supporte très mal le changement (je fais référence aux changements de garde) et vit présentement avec beaucoup plus d’acuité que l’an dernier les impacts du divorce. Je sens la peine immense qu’elle traîne, et ça me brise le cœur. Mais peut-être que je me leurre, elle était déjà comme ça avant la séparation et pourtant, je l’avais toujours à mes côtés à cette époque. Cette semaine, en vacances et avec une maman plus reposée et patiente, son comportement s’est amélioré, je la vois grandir et vieillir. J’oublie parfois qu’elle a deux ans de moins qu’Anabelle.
Florence a tant besoin d’amour, les câlins s’est très important pour elle, je la prends dans mes bras à la moindre occasion, lui murmure des mots doux. surtout lorsque c’est gratuit, je veux qu’elle soit assurée de mon amour, car parfois je lui hurle dessus… Parfois elle me rend folle, je n’arrive pas à rationnaliser son comportement, à comprendre quels gains elle retire à être si souvent en mode confrontation. Je ne crois pas qu’elle le sache elle-même, elle semble trop souvent si désemparée après une crise…
Mêmes ses nuits sont difficiles. Terreurs nocturnes et somnambulisme il y a deux ans, depuis 7 mois elle se réveille la nuit en hurlant, mais hurlant de colère, c’est vraiment impressionnant. Ça peut durer de 15 à 45 minutes, elle ne supporte pas que je l’approche mais veut m’avoir dans son champ de vision. Et sans raison elle se calme en quelques secondes et se rendort immédiatement. Ce n’est pas le même phénomène que les terreurs nocturnes, mais je crois qu’il s’agit encore d’un mauvais réveil. Les différentes zones de son cerveau ne doivent pas avoir le même niveau d’éveil durant ces crises.
Entre ses allergies alimentaires, son eczéma, sa difficulté dans ses rapports sociaux et ses nuits houleuses, je trouve qu’elle ne l’a pas facile et ça me fait beaucoup de peine. Je la vois vieillir sans que j’ai pu l’aider à progresser très significativement et je m’en veux, le temps passe si vite…
Une chose qui la démarque de son aînée : ses habiletés sportives. Contrairement à Anabelle qui en plus d’être un brin paresseuse n’est performante dans aucun sport, Florence a le corps d’une athlète, et j’essaie de capitaliser là-dessus pour qu’elle ait une aire où elle performe nettement mieux que sa sœur. Le soccer n’aura pas été un succès cet été, Florence n’étant absolument pas motivée sans que je ne sache pourquoi, mais je dois continuer d’explorer cette piste c’est évident.
Elle est également dur à son corps, au contraire d’Anabelle-la-chochotte! Ce n’est pas une mauvaise chute qui l’arrêtera. Elle est courageuse et intrépide, elle n’a peur de rien! C’est agréable de la faire participer à des activités, car elle est toujours enthousiaste alors qu’Anabelle a le chialage et le bougonnage (vraiment) faciles.
Elle entre en première année, j’ai hâte de voir comment cela se passera. Je la soupçonne d’avoir de la difficulté à rester concentrée longtemps, j’espère que cela ne nuira pas à son apprentissage. Je veux la suivre de près, mais voilà un domaine où la monoparentalité et la garde partagée nuisent énormément. Il faudra que je maximise les dimanches pour superviser les devoirs adéquatement car les soirs de semaine, c’est extrêmement difficile.
Un beau défi pour l’année 2010-2011.
Et maintenant Angéline, coquine Angéline. Cette enfant a beau n’avoir que trois ans, elle est déjà passé maître dans l’art de manipuler les gens autour d’elle. Une vraie dictatrice en puissance, elle exprime bruyamment et fermement sa volonté, sachant à quel moment elle peut pousser sa chance et à quel moment elle doit se retirer. Au moment où l’on est sur le point de se fâcher, elle fait brusquement volte-face, nous lâche son plus grand sourire ravageur et fait ce qu’on lui demande avec grâce et bonne humeur, comme si l’altercation n’avait jamais eu lieu. Cette enfant est dangereuse!!
À la garderie on me dit qu’elle est la plus équilibrée des trois, la plus sûre d’elle-même, la plus sereine. Peu importe qu’elle soit avec moi ou son père, elle est d’humeur égale. Très jeune au moment de la séparation, elle n’a pratiquement eu aucune réaction, mais depuis deux ou trois mois, je sens qu’elle trouve plus difficile de ne pas avoir ses deux parents au même moment. Plusieurs fois par jour, particulièrement au moment du dodo, elle demande avec insistance où est Papa, que fais Papa, et elle demande à le voir. Ça me brise le cœur chaque fois, elle n’aura jamais aucun souvenir d’une vraie vie de famille.
Que Jean-François et moi n’avons pas réussi notre mariage et donc notre famille est quelque chose que je n’accepterai jamais. Ce sera un deuil inachevé.
La dynamique à trois a aussi évoluée depuis un an. Comme je l’ai dit plus tôt, Florence et Anabelle sont maintenant quasi constamment en conflit. En fait, depuis qu’Anabelle confronte Florence et refuse de faire tous les compromis comme c’était le cas auparavant, c’est la guerre. Par contre Anabelle et Angéline sont très, très proches l’une de l’autre. Elles l’ont toujours été, mais la séparation aura accentué ce fait, Anabelle étant devenue une deuxième mère pour Angéline. Anabelle m’aide beaucoup avec elle, elle est un important soutien pour moi. Que ce soit pour jouer, pour les tâches quotidiennes (l’aider à s’habiller, lui faire laver les dents, l’amener aux toilettes) ou pour la réconforter, Anabelle est là pour Angéline. Florence est visiblement jalouse de cette relation, mais durant au moins les deux premières années de vie d’Angéline, elle a été plutôt inadéquate avec elle, lui faisant mal, criant après… maintenant elle veut se rapprocher mais elle est maladroite. Ça évolue toutefois, depuis quelques mois elle arrive à se rapprocher d’elle, à obtenir des câlins et à obtenir qu’Angéline accepte son aide mais ce n’est pas gagné d’avance. Angéline semble avoir adopté l’attitude d’Anabelle face à Florence, mais je travaille là-dessus et ça progresse.
Nous avons passé un très bel été les quatre ensemble, il a fait un temps magnifique et nous avons multiplié les pique-niques, les randonnées en vélo, les activités avec des amis monoparentales comme Jeremy (et sa fille Salomé), Josianne (et ses enfants Camille, Mathilde et Benjamin). Nous avons passé beaucoup de temps à La Ronde, nous avons pris des passes de saison et les enfants adorent! Ironiquement, je fais beaucoup plus d’activités avec elles qu’à l’époque où nous étions toujours ensemble. Chaque moment avec elles m’est précieux désormais. À chaque malheur quelque chose de bon…
(ce post a été écrit à Pine Point le 25 août 2010)














